15 mai 2015

L'économie de l'innovation selon Jim Balsillie

Image courtoisie de KROMKRATHOG/freedigitalphotos.net

Jim Balsillie a écrit un long papier dans le Globe and Mail du 9 mai 2015 à propos de l'innovation. 

Co-fondateur de Research in Motion (Blackberry), Jim Balsillie rappelle que l'économie globale carbure dorénavant à la création, à la commercialisation et à la défense de la propriété intellectuelle, là même où se crée la richesse à partir d'idées novatrices.

Accédez directement à l'article paru dans le Globe.

Propriété intellectuelle: un système politique et judiciaire inadéquat

Si le Canada peut innover, il ne serait pas en mesure d'en sortir gagnant;  les infrastructures et les politiques canadiennes seraient inadéquates quant à la propriété intellectuelle des idées. 

Une bonne idée, suivi d'un brevet, n'est pas un bien tangible et sa propriété, selon Balsillie, est presque toujours décidée par une cour étrangère (surtout américaine). 

Si les accords de libre échange comme l'ALENA  répondent correctement aux besoins d'une économie de ressources comme le pétrole, le porc ou les métaux, il en est autrement lorsqu'il est question de l'économie numérique et celle des idées innovantes . 

Sans un lobby ou encore une instance politique forte pour défendre l'innovation nationale et les intérêts des créateurs de contenus et d'idées canadiens, nos politiciens légifèrent "par inadvertance" en faveur d'intérêts américains. 

Balsillie s'appuie entre autre sur le rapport fédéral de 2008 Foncer pour gagner/Compete to Win dans lequel la seule recommandation au sujet de la propriété intellectuelle concerne la contrefaçon (droits d'auteurs) et la protection de la vie privée.

La propriété intellectuelle au centre de toutes négociations commerciales

Toujours selon Balsillie, le Canada doit mettre les droits de propriété intellectuelle au centre de toutes ses négociations commerciales. 

Tous les pays dont la prospérité repose sur l'innovation proposent des engagements tangibles, voire des infrastructures entre les entrepreneurs et les législateurs. 

La plupart des compagnies numériques (grandes, petites et moyennes) ont leurs entrées auprès de sénateurs ou de gouverneurs d'états sinon à la Maison Blanche même... Il cite l'exemple des nombreuses visites des hauts dirigeants de Google depuis l'arrivée d'Obama (230 visites !)

Se protéger des "trolls de brevets" ...

La commercialisation des idées n'avantage pas toujours que de grands pays (on cite Israël, la Corée du Sud et la Suède, par exemple). Ces pays ont en commun un cadre politique et juridique bien établi, conçu pour protéger et conserver la richesse provenant d'idées, contrairement au Canada...

Dans cette optique, Balsillie propose une stratégie judiciaire donnant plus de pouvoir à la cour fédéral canadienne pour combattre les "trolls de brevets" (canadiens et étrangers). Il s'agit de compagnies qui poursuivent d'autres compagnies pour des violations de brevets s'apparentant à des poursuites-bâillons...et qui sapent toute innovation ou productivité.

Et la recherche universitaire ?

Si Balsillie salue les investissements en recherche universitaire (à hauteur de près de 12 milliards au Canada), il regrette cependant le manque de dynamisme des grandes universités. 

Il souligne qu'aux États-Unis, Stanford obtient près de 1,3 milliards en propriété intellectuelle alors que le MIT a déposé plus de 285 demandes de brevets au cours de l'année 2013-2014. De son côté, l'Université de Toronto a obtenu près de 3 millions en propriété intellectuelle et dépose que 8 demandes de brevets (US) annuellement...

Il faut donc établir plus de liens entre la recherche universitaire et le monde des affaires et inciter les chercheurs à commercialiser leurs idées. Les pratiques d'embauche actuelles mettent surtout l'accent sur la recherche, le nombre de publications et les tâches d'enseignement. On ne parle presque pas de la commercialisation de la recherche universitaire, contrairement à d'autres pays... 

Faut-il s'étonner, lance Balsillie, que trop peu d'entrepreneurs et de start-ups maîtrisent les stratégies entourant la propriété intellectuelle et sa commercialisation ? Comment se fait-il que le capital de risque canadien demeure sous-performant depuis quelques années ?

L'exemple de l'AOSTRA

Une des réussites notables citée par Balsillie concerne les investissements du Alberta Oil Sands Technology and Research Authority (AOSTRA) au début des années 1970. Il s'agissait à l'époque de trouver des façons de récupérer le pétrole des sables bitumineux de la province.  La propriété intellectuelle développée puis possédée par ce centre de recherche a permis par la suite d'octroyer des licences à des entreprises privées. Le retour sur investissement a-t-il besoin d'être démontré ?

La protection et la commercialisation des idées créent de la richesse dans une économie innovante. Toutefois, au Canada, il faut que les politiques, les universitaires et le monde des affaires adoptent de nouvelles façons de faire. Selon Balsillie, c'est toute la prospérité canadienne qui est menacée.


Merci de votre lecture !

Patrice Leroux

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